Une journée à Kirwa

Même si je travaille principalement avec l’équipe du projet d’appui aux associations et coopératives agricoles ici à Muhanga, j’en profite aussi pour aller visiter les autres projets de FH Rwanda. La semaine passée, Emmanuel m’a proposé de l’accompagner une journée à Kirwa, où il met en œuvre un projet financé par FH Suisse. Dans cette communauté, 50 familles sont soutenues par FH Rwanda à travers différentes formations sur les jardins potagers, l’hygiène à la maison ou encore la création de tontines.

Il est 9 heures. Nous partons à moto, après avoir bu une grande tasse de lait chaud dans une petite cantine. Il ne sera pas possible de manger sur place à midi, mais grâce au lait, nous n’allons pas avoir faim. Depuis le bureau de FH à Muhanga, il nous faut une heure pour arriver à Kirwa.

La région de Kirwa

Collaboration active avec le gouvernement local
Nous commençons par nous présenter au bureau du secteur pour annoncer notre visite et parler à l’agronome en charge de cette zone. Ce dernier prend le temps de me montrer une nouvelle variété de bananier, bien adaptée aux conditions agricoles exigeantes de la région : Kirwa Il est très important pour FH Rwanda de maintenir une collaboration active avec le gouvernement local.

Visite de deux familles
Nous poursuivons notre route sur les pistes terreuses et je commence à comprendre que la moto est le bon moyen pour se déplacer ici! Nous visitons deux familles. Leurs maisons se trouvent sur des pentes très raides et la pluie menace de les détruire. FH soutient ces familles par le paiement de la mutuelle de santé et des frais scolaires des enfants, mais aussi à travers des formations: mise en place d’un jardin potager, hygiène à la maison, création de groupes d’épargnes et de crédits, les tontines, etc. La première famille est impatiente de recevoir un petit veau. Le système de solidarité mis en place prévoit que les familles qui n’ont pas reçu de vache directement, obtiennent par la suite un veau d’une autre famille. Nous allons également voir les étables des vaches. Juste derrière, se trouve un champ de haricots grimpants très prospère, grâce au fumier disponible à proximité. Pour terminer la journée, Emmanuel me montre l’école de Kirwa, désertée pour le moment, puisque ce sont les grandes vacances scolaires au Rwanda.

Les étables des vaches

Un soutien moral
En accompagnant Emmanuel, je remarque combien il aime travailler avec la communauté de Kirwa: il connait tout le monde et prend le temps de parler avec les familles. Il s’intéresse aussi à leurs problèmes et essaie de trouver des solutions avec eux. On sent que les familles le connaissent bien et lui font confiance. Du coup, l’aide n’est pas uniquement financière mais va bien plus loin: c’est également un soutien moral.

Il est 15 heures, la pluie commence à tomber. Nous nous dépêchons pour rentrer au plus vite, car à deux sur une moto,  ces routes boueuses vont rapidement être dangereuses!

Je profite de l’occasion pour remercier Emmanuel, ainsi que toute l’équipe de FH Rwanda, de me montrer leur travail, mais aussi pour l’engagement et la passion avec lesquels ils font leur travail. Emmanuel adore travailler avec la communauté de Kirwa et le résultat en est évident !

Ronde avec des enfants de Kirwa

 

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Une saison des pluies trop ensoleillée

Devant les fenêtres du bureau de FH à Muhanga, un orage se prépare : des nuages noirs recouvrent le ciel, le tonnerre gronde, le courant a été coupé et dans quelques instants, il va pleuvoir à torrents. Mais cela est une exception, même en pleine saison pluvieuse.

J’apprécie le temps qu’il fait ici, surtout quand j’imagine celui qu’il doit faire en Suisse, un 6 novembre ! Le soleil brille, le ciel est bleu clair avec quelques nuages blancs, il fait au moins 25 degrés et je ne me demande même plus comment m’habiller le matin : il fait beau tous les jours. Faute d’expérience en matière de saisons des pluies, j’associais le nom de cette période de l’année aux orages courts mais violents, qui viennent interrompre le soleil peut-être deux fois par semaine.

Des nuages, mais pas de pluie…

Mais les remarques de mes collaborateurs, de ma colocataire et d’autres personnes plus expérimentées se multiplient : la saison pluvieuse n’est pas comme d’habitude. Il devrait y avoir des journées entières de pluie, il devrait faire plus froid et il devrait pleuvoir plus souvent et plus longtemps. Les haricots semés lors de mon arrivée sont secs et ne poussent pas bien, de même que le manioc.

Visite des champs d’une coopérative

Après un mois de pluies insuffisantes, les Rwandais commencent à craindre une mauvaise récolte et, comme conséquence immédiate, la faim. Il est impressionnant, et pour nous inimaginable, de voir une menace immédiate dans le beau temps.

Je serais ravie de sortir mes jeans et mes pulls de ma valise, si, en échange, la pluie tombait plus abondamment.

Jeannette von Däniken est actuellement en stage chez FH Rwanda. Etudiante de Master en socio-économie à l’Université de Genève, elle s’intéresse particulièrement aux questions agricoles. Dans le cadre de son stage, elle soutient les collaborateurs locaux dans le projet d’appui aux coopératives agricoles de la Province du Sud, soutenu par la Fédération genevoise de coopération (FGC). Elle nous présente ici les activités en cours pour ce projet.

 

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Comment nourrir le monde ?

Les pratiques agricoles des paysans rwandais : une source d’inspiration pour les agriculteurs du Nord ? Découvrez comment, dans ce texte de Jeannette Von Däniken, actuellement en stage à FH Rwanda.

Cette question préoccupe les hommes depuis toujours. Thomas Robert Malthus (1766-1834) est sans doute un des plus célèbres scientifiques qui a traité cette question. Selon lui, la production agricole augmentant systématiquement plus lentement que la croissance démographique, si l’on veut éviter des famines, il faut mettre en place un contrôle des naissances. La même vision est diffusée 150 ans plus tard, lors de la prise de conscience de l’explosion démographique dans les pays du Sud : les experts prévoient des famines catastrophiques.

Nous produisons suffisamment pour nourrir tout le monde

Aujourd’hui, nous produisons suffisamment de nourriture pour tout le monde sur cette terre. Et pourtant, la faim est loin d’être éradiquée, surtout dans les pays en voie de développement. Le problème n’est donc pas la performance de l’agriculture, mais plutôt la distribution ainsi que les inégalités entre les paysans des pays du Nord et du Sud (conditions de production, subventions des gouvernements au Nord, etc.). Ainsi, il faut se rendre compte, que l’agriculture industrielle n’est pas une solution convenable à la faim dans le monde. Par l’utilisation des pesticides et autres produits chimiques, elle est en outre une des causes majeures de la dégradation des terres et de la perte de la biodiversité, tout en mettant en danger la santé des hommes.

L’agro-écologie permet une gestion durable des ressources

L’agro-écologie est une approche innovante pour remédier aux problèmes actuels de l’agriculture. Sa pratique se base sur une gestion durable des ressources rares, comme l’eau et la terre et sur le respect de l’environnement et du savoir-faire traditionnel des populations locales. Et cela, tout en promouvant une agriculture performante. Au Rwanda, on peut observer plusieurs pratiques attribuées à l’agro-écologie : l’association des cultures, le paillage des cultures ainsi que la culture sur terrasses. Ces pratiques permettent de retenir plus longtemps l’eau dans le sol, de maintenir la fertilité des terres et de lutter contre l’érosion, un problème majeur du paysage rwandais.

Exemple d’association des cultures : bananiers, haricots et manioc.

Le rendement des petits paysans rwandais augmente

Le projet d’appui aux associations et coopératives agricoles mis en œuvre par FH Rwanda avec le soutien de FH Suisse encourage les paysans à l’utilisation de certaines pratiques agro-écologiques, comme par exemple l’agroforesterie, le semis sur couverture végétale et la production et l’utilisation de fumier organique. Ce projet contribue de cette manière à la lutte contre l’érosion, à la gestion responsable de l’eau ainsi qu’à la sauvegarde, voire à l’amélioration, de la fertilité des sols. Résultat : le rendement des petits paysans rwandais augmente, sans pour autant mettre en péril la biodiversité ou l’équilibre de l’environnement naturel, dont dépendent non seulement les paysans d’aujourd’hui, mais aussi les générations futures.

Rwanda : diversification des cultures sur un petit espace.

Une source d’inspiration pour « les pays développés » ?

La question qui s’impose est donc celle-ci : Les agriculteurs des pays développés pratiquant la monoculture ne devraient-ils pas s’inspirer des petits paysans rwandais ou d’autres pays en voie de développement, afin d’adopter des pratiques respectueuses envers l’environnement ? Ce faisant, ne contribueraient-ils pas à la mise en place d’une agriculture durable, capable de nourrir la population du monde entier, aujourd’hui et dans l’avenir ?

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Il est temps de planter le manioc !

Jeannette von Däniken est actuellement en stage chez FH Rwanda. Etudiante de Master en socio-économie à l’Université de Genève, elle s’intéresse particulièrement aux questions agricoles. Dans le cadre de son stage, elle soutient les collaborateurs locaux dans le projet d’appui aux coopératives agricoles de la Province du Sud, soutenu par la Fédération genevoise de coopération (FGC). Elle nous présente ici les activités en cours pour ce projet.

Fournir les intrants
Au Rwanda, le mois d’octobre marque le début de la petite saison des pluies. Au niveau du calendrier agricole, de nombreuses cultures doivent ainsi être plantées ou semées maintenant, afin de bénéficier de l’abondance d’eau pour leur première phase de croissance. Pour les collaborateurs de FH Rwanda du bureau de Muhanga, ce n’est donc pas le travail qui manque : ils doivent acheter puis distribuer le fumier et les semences destinés aux 63 coopératives partenaires du projet.

Nourrir le sol
Pour les paysans, le travail commence une fois les intrants livrés à proximité du champ de leur coopérative. Tout d’abord, le fumier est pesé, afin de contrôler la valeur de la livraison. Puis, les membres des coopératives mettent le fumier dans des sacs et des paniers et le transportent sur leurs têtes vers les champs. Sur place, à l’aide d’une houe, le fumier est mélangé à la terre. Et enfin, les pieds de manioc, le maïs et les haricots peuvent être plantés.

Champs de maïs fraichement plantés

Renforcer l’autonomie
Les activités prévues par le projet ne se limitent pas à l’encouragement à une agriculture performante et durable, mais cherchent aussi à transmettre aux membres des coopératives des outils leur permettant de renforcer leur autonomie, afin qu’ils parviennent à une amélioration globale de leur niveau de vie. Dans cette perspective, les membres des coopératives participent actuellement à des formations sur l’entreprenariat, la comptabilité, l’épargne et le crédit et le fonctionnement coopératif. Grâce à ces connaissances, les coopératives seront en mesure d’obtenir des prêts auprès de la Banque populaire rwandaise ou des « Savings and Credit Cooperatives » existant dans chaque district. Elles sauront aussi mieux s’organiser et contrôler leurs dépenses et leur épargne.

Les leaders de huit coopératives du secteur de Kabacuzi (district de Muhanga) assistent à une formation concernant les différents aspects de la gestion d’une association.

 

Découvrez régulièrement les dernières nouvelles du projet sur notre blog !

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

L’aide d’urgence de FH au secours des réfugiés syriens

La situation en Syrie continue de se détériorer. Après plus de 2 ans d’une guerre civile qui a fait plus de 80’000 morts et 1,5 million de réfugiés*, les populations continuent de fuir le pays vers la Jordanie et le Liban, abandonnant tout derrière eux et se réfugiant dans des camps de fortune où les conditions sanitaires sont souvent mauvaises.
L’unité d’aide d’urgence de FH s’est associée avec des ONG locales en Syrie en Jordanie et au Liban, afin de venir en aide à ces personnes réfugiées. La distribution d’eau et de nourriture, d’abris, de vêtements et de couvertures ainsi que de kits de cuisine sont les priorités. FH soutient aussi les églises dans la création d’espaces où les enfants peuvent continuer à étudier, ce qui les aide à garder confiance dans l’avenir. Depuis que les violences ont éclaté dans leur pays, beaucoup d’entre eux n’ont en effet plus été à l’école. Dans les camps, les femmes et les enfants sont souvent victimes d’agressions et de violences, pour les aider à se protéger, des cours de self-défense sont organisés.

P. Howard, le directeur de l’unité d’aide d’urgence de FH, a visité la région récemment. Il s’est exprimé en ces termes «  L’objectif de FH est de renforcer les églises locales, afin qu’elles soient une bénédiction pour tous ceux qui souffrent de la crise syrienne. C’est une période critique pour l’Eglise durant laquelle nous devons faire attention à nous, mais également à tous ceux qui souffrent, musulmans comme chrétiens. ».

Pour faire un don pour soutenir le travail de FH en Syrie: CCP 23-560722-6, mention « Syrie »

Merci pour votre solidarité.

*chiffres UNHCR

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

La fin de la pauvreté : une utopie ou un défi ?


épicerie au Burundi

Epicerie au Burundi.

Yannick Heiniger est actuellement en stage à FH à Washington DC aux Etats-Unis. Titulaire d’une Maitrise en Socio-économie de l’Université de Genève, il a beaucoup travaillé sur la pratique du développement en Afrique.
Il nous invite à questionner les chiffres liés à la pauvreté et à réfléchir sur nos choix en matière de développement.
Découvrez chaque semaine ses réflexions sur notre blog ! 

A Washington DC, les laboratoires d’idées foisonnent !
Washington DC est la ville des think tanks (une organisation à but non lucratif regroupant des experts et produisant des études et propositions dans le domaine des politiques publiques, de l’économie, des relations internationales et du développement). Selon le classement 2013 des think tanks effectué par l’université de Philadelphia[i], Washington DC en habiterait plus de 390, parmi lesquelles d’éminents instituts tels que Brookings Institution, Cato Institute ou encore le Carnegie Endowement for International Peace.
Récemment, j’ai été particulièrement interpellé par un papier de la Brookings Institution sur l’éradication de la pauvreté[ii]. Ce papier remet en cause certains des progrès les plus réjouissants que la communauté internationale a connus ces dernières années en matière d’aide au développement et de lutte contre la pauvreté.

« La fin de la pauvreté », pour bientôt ?
Nous savons qu’aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes par le monde souffrent d’extrême pauvreté avec moins de 1.25 $ par jour (environ 1.3 CHF). Or, entre 1990 et 2010, le chiffre était deux fois plus important ! Avec un tel progrès sur 20 ans, la fin de l’extrême pauvreté est-elle pour bientôt ? On pourrait l’espérer. Or l’auteur de ce rapport intitulé « The Final Countdown: Prospects for Ending Extreme Poverty by 2030 » apporte un éclairage brillant.
Ce dernier propose que, ces vingt dernières années, la réduction de la pauvreté fût possible par un constant grand nombre de personnes positionnées juste en-dessous du seuil de pauvreté, et un taux de croissance suffisamment important pour leur permettre de franchir ce seuil. Ainsi, ce serait les mieux lotis des pauvres qui seraient sortis de la zone critique. Et c’est là que ça coince !
En effet, alors que la pauvreté diminue globalement, elle est de façon croissante concentrée dans des pays où les perspectives de réduction de la pauvreté sont les plus faibles, c’est à dire dans des états politiquement fragiles, enclavés, chroniquement exposés à la corruption et à des maladies terribles. Selon ce papier, il sera de plus en plus difficile pour les plus pauvres de faire suffisamment de progrès pour pouvoir dépasser le seuil de l’extrême pauvreté. Alors qu’aujourd’hui un tiers des pauvres vivent dans de tels pays, la moitié le seront en 2018 et jusqu’aux deux tiers en 2030.

 Les ONG sont-elles attirées par les contextes faciles ?
Ce texte pertinent nous enseigne deux choses. Premièrement, il nous rappelle que les chiffres ne parlent pas d’eux-mêmes, et que les questionner est une bonne chose. Etre parvenu à réduire l’extrême pauvreté de moitié est une réussite, certes. Mais l’est-elle vraiment si elle n’a pas fondamentalement changé la donne pour les plus pauvres ? Voire pire, est-il possible que certaines ONG ou agences du développement profitent d’agir dans certains contextes « faciles », afin de générer des résultats appelant plus de fonds, tout en évitant les régions les plus difficiles ?

S’intéresser aux plus démunis
Cette question soulève le deuxième enseignement de cet article : en dépit des progrès, le plus dur reste encore à faire. Dans un contexte global fragilisé par les défis environnementaux, un contexte politique souvent dégradé, un financement public de moins en moins assuré et une pression quant à une évaluation des projets qualité, la lutte contre la pauvreté demande des efforts renouvelés. Les chiffres risquent dans les années qui viennent de ne plus être aussi éloquents quant aux progrès de cette lutte contre la pauvreté. A nous d’y croire, et de donner notre maximum, en s’intéressant aux plus démunis et aux plus exclus.

[i] http://www.gotothinktank.com/

[ii] http://www.brookings.edu/research/interactives/2013/ending-extreme-poverty#poverty_scenarios

 

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

« Comment les radiateurs changent le monde »

Au cours de mes récentes discussions avec des professionnels du développement à New York et Washington DC, plusieurs ont soulevé la présence d’une vidéo sur les réseaux sociaux que j’ai le grand plaisir de vous partager :
http://www.youtube.com/watch?v=oJLqyuxm96k&feature=player_embedded

Un continent de « pauvres bénéficiaires »

Au premier abord, une telle initiative fait sourire : des Africains créent une ONG pour aider la Norvège à combattre le froid ! Mais cette démarche n’a rien d’un sketch. En fait, cette vidéo a le mérite d’interpeller ceux et celles au Nord qui voient l’Afrique comme un continent de « pauvres bénéficiaires » qu’il s’agit d’élever à un niveau similaire au nôtre. Plus précisément, elle fait même fonction de « miroir » dans la mesure où elle met en avant certains illogismes de notre action développementaliste. En effet, il existe dans notre manière de concevoir le développement une hérésie que cette vidéo ne fait que survoler, et qu’il s’agit ici de discuter brièvement.

Un premier élément qui m’interpelle est pourquoi l’Afrique est-elle toujours représentée par des enfants affamés, des populations rurales isolées, des femmes maltraitées, et des populations ignorantes n’attendant que le passage de l’homme développé, occidental ?

Qu’est-ce que l’Afrique aujourd’hui ?

A ce titre, interrogeons-nous: qu’est-ce que vraiment l’Afrique aujourd’hui ? Si certainement des situations d’urgence existent et qu’elles doivent être médiatisées et mises en avant par les différents acteurs globaux, intéressons-nous ici plutôt à quelques indicateurs de développement, afin de voir la place actuelle de l’Afrique dans la configuration économique mondiale.

  1. 1.      Grande propriétaire de ressources naturelles

L’Afrique est propriétaire d’une portion prépondérante des ressources naturelles du monde (minéraux, pétroles ou encore terre agricoles). Une telle situation met l’Afrique en position de force dans les échanges commerciaux et économiques internationaux. Dans ce sens, l’Afrique a beaucoup bénéficié de l’augmentation du prix des matières premières durant la dernière décennie, comme l’illustre la hausse du prix du baril de pétrole de 20$ en 1999 à 145$ en 2008. Les prix des autres matières premières ont, dans leur ensemble, connu des augmentations similaires et positionnent l’Afrique de manière sans précédente sur les marchés mondiaux. Grâce à cette tendance et à la demande croissante des économies émergentes, une gestion sage des politiques macroéconomiques et un environnement favorable du climat des affaires, la croissance du Produit Intérieur Brut de l’Afrique s’élève entre 2001 et 2010 aux alentours de 5.2% par année. Un record !

  1. 2.      Exportations en hausse

Cette réalité économique sans précédent se manifeste aussi dans les performances commerciales de l’Afrique qui dépassent la moyenne globale. Entre 2000 et 2010, la valeur des exportations africaines crut en moyenne de 13.1% (par rapport à une moyenne mondiale de 9%) tandis que ses exportations croissant à la hauteur de 13.7% (comparé à une moyenne mondiale de 8.6%). Quant au commerce de services, l’Afrique a aussi connu une croissance plus importante que le reste du monde avec respectivement 10.5 et 13.7% (contre 9.7% et 9.3%) pour le reste de la terre.

  1. 3.      L’Afrique comme arrière-boutique

L’Afrique possède un bassin de main d’œuvre presque inexploité en termes de consommateurs et producteurs. Avec le développement de l’Asie et la théorie des avantages comparatifs dans le commerce, on peut parier que d’ici cinq ans, les pays émergents utiliseront l’Afrique comme arrière-boutique, créant des flux économiques sans précédents, générant des postes de travail et des infrastructures pour bon nombre de travailleurs du continent.

Dans son rapport 2012 sur l’Afrique, la Commission Economique des Nations Unies, dirigée par Carlos Lopez, note qu’en concentrant son activité vers une diversification économique (en particulier des exportations) et une transformation structurelle (via des partenariats innovants), l’Afrique pouvait devenir une economic powerhouse, dans un contexte où l’Europe et les Etats-Unis peinent à s’affirmer comme des partenaires sûrs à cause de leur luttes macroéconomiques.

Devant une telle réalité économique, comment réagir ?

Plusieurs éléments entrent en considération vis-à-vis de ces chiffres pour les atténuer, tels que l’enfermement des pays, la corruption, ou encore la faiblesse du commerce inter africain. Aussi, résumer les performances d’un continent si grand à des indicateurs si larges peut aussi sembler restreindre les spécificités locales, dont les dynamiques peuvent se refléter sur les perspectives articulées plus haut.

Certes, l’Afrique n’arrivera pas à destination la semaine prochaine. Un tel chemin exigera encore une augmentation des investissements dans la santé, les infrastructures et surtout dans une éducation de qualité. Mais il y a plus, et c’est là que cette vidéo et ces données sont utiles; ils montrent que l’Afrique n’est pas seulement un bénéficiaire, mais possède le potentiel de devenir un partenaire.

Transformer le bénéficiaire en partenaire

Toute la rhétorique du développement est orientée autour de la relation donneur/bénéficiaire. Quelle implication serait générée par la transformation du bénéficiaire en partenaire? Quelle structure peut-on mettre en place qui permettre au développement de se passer au travers d’un véritable échange, plutôt qu’une relation unidirectionnelle entre le Nord et le Sud? Le débat est lancé. Et si le débat radiateur contre développement n’était qu’une façon humoristique de montrer le ridicule de nos convictions développementalistes occidentales ?

Yannick Heiniger est actuellement en stage à FH à Washington DC aux Etats-Unis. Titulaire d’une Maitrise en Socio-économie de l’Université de Genève, il a beaucoup travaillé sur la pratique du développement en Afrique.
Découvrez chaque semaine ses réflexions sur notre blog !

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

L’aide alimentaire internationale en débat

9 Avril 2013 – En termes de visibilité, on ne pouvait pas espérer mieux ! Le 4 avril dernier, en plein débat acharné sur la proposition du budget 2014 du président Obama, le prestigieux New York Times s’est arrêté sur la position de FH en matière d’aide alimentaire internationale. Un événement assez unique pour être souligné.

De l’aide alimentaire ou de l’argent ?

Un rêve devenu réalité ? Pas vraiment, tant les questions relatives à l’aide alimentaire américaine mettent en exergue les contradictions dans lesquelles les ONG sont souvent insérées à leur dépend. Une vraie confrontation à la réalité, ou plutôt, à ce qu’on en discerne. C’est que ce débat sur le budget, incarcéré dans une discussion sans fin sur la réduction nécessaire des dépenses américaines, porte sur une proposition de changement historique faite par le président démocrate en matière d’aide alimentaire : au lieu d’acheminer des matières premières américaines, le président propose d’acheminer de l’argent pour que les bénéficiaires puissent eux-mêmes se fournir sur les marchés locaux.

Écouler les excédents au Sud?

Jusque-là, tout semble évident. Les Etats-Unis, comme maîtres historiques de l’aide alimentaire avec un montant annuel de 1.4 milliards de dollars, proposent ce système depuis 1954. Certains, tel le journal Alternatives Internationales, le considère comme un instrument de l’hégémonie politique économique américaine, servant à la fois à entretenir des relations clientélistes avec les pays du Sud, à pénétrer leurs marchés agricoles, à écouler les excédents et à amortir les fluctuations du marché (Alternatives Internationales, 2005). Les défenseurs de la réforme argumentent que se fournir sur les marchés locaux permettra d’encourager la production locale et de nourrir plus de monde (un chiffre de 17 millions a été articulé). De plus, une somme moins importante est nécessaire pour une telle opération, puisque des frais de transports et de livraisons ne sont plus nécessaires.

Or, et à ma grande surprise, les grands lobbies de l’agrobusiness et des entreprises de transports ne sont pas les seuls à s’opposer à un tel projet. Plus de 60 ONG américaines, dont FH, font de même ! Comment appréhender une telle position ? FH est-elle à la merci d’intérêts si spéciaux ? Après de nombreuses recherches, il s’est avéré que le débat est bien plus complexe et montre bien qu’en politique, rien n’est simple. En fait, rien n’est potentiellement plus dévastateur que la politique des bonnes intentions…

Aide alimentaire d’urgence ou aide structurelle ?

Premièrement, il convient de différencier l’aide alimentaire d’urgence et l’aide alimentaire structurelle. Cette dernière a un impact négatif sur les marchés locaux puisqu’il fausse la donne en acheminant sur le marché des produits d’une qualité supérieure à des prix cassés. L’aide d’urgence, quant à elle, est nécessaire car elle intervient dans des situations où il n’existe que peu d’alternative. C’est là qu’intervient une question fondamentale.

A quoi sert-il de donner de l’argent à ces gens dans le besoin, si la nourriture n’est pas ou que peu disponible sur le plan local ? L’argent servirait alors à acheter des matières premières en Ukraine ou en Chine à des prix tout aussi élevés, avec un délai de livraison tout aussi long. Dans le cas où la nourriture serait disponible, de nombreuses enquêtes ont prouvé que la qualité n’est pas forcement au rendez-vous, et que le prix, plus élevé, permet de nourrir moins de monde. Dans ce contexte, changer la dynamique de l’aide américaine en pourvoyant de l’argent plutôt que des commodités risque d’avoir des effets involontaires néfastes, ou d’inciter d’autres pays à offrir une aide plus avantageuse, ce qui n’est pas du goût du législateur américain.

Une autre dimension politique est importante à considérer. En 2011, plus de 100 membres du Congrès ont voté pour éliminer l’aide alimentaire de façon définitive. C’est dans ce contexte bien précis qu’FH estime que le débat doit se porter. Obama propose que l’aide alimentaire soit déplacée vers un fond spécial administré par USAID. Or, si l’aide alimentaire s’éloigne de ces différents lobbies, il existe un réel danger que l’aide alimentaire disparaisse tout simplement, laissant des millions des plus démunis sans soutien réel. Sans incitation à créer un surplus alimentaire destiné aux pays en voie de développement, les paysans et différents lobbies risquent de ne plus soutenir l’aide alimentaire de la même manière, avec un impact potentiel sur les prix internationaux. Dans la configuration des rapports de force du congrès américain qui cherche à économiser, gagner 1.4 milliard ne serait pas de tout refus.

Entre le pire et le moindre mal

Ce débat est certes complexe, et ce premier blog ne prétend pas y donner une réponse exhaustive. Toutefois, cet enjeu démontre que, comme disait Machiavel, en politique, le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal. Sur un plan idéologique, tout le monde soutient une réforme juste mettant les bénéficiaires au centre de leur action. Mais inséré dans des rapports de forces plus globaux et complexes, le chemin vers la justice sociale semble plus être un vrai labyrinthe qu’un boulevard.

 

Yannick Heiniger est actuellement en stage à FH à Washington DC aux Etats-Unis. Titulaire d’une Maitrise en Socioéconomie de l’Université de Genève, il a beaucoup travaillé sur la pratique du développement en Afrique.

Découvrez chaque semaine ses réflexions sur notre blog !

Publié dans Non classé | Marqué avec | Laisser un commentaire

Nouvelles du projet café au Burundi

Groupes d’épargnes et de crédits

Les mois qui précèdent la récolte du café sont difficiles pour les producteurs. Ceux-ci manquent en effet souvent d’argent, puisqu’ils ne disposent pas d’un revenu régulier pendant cette période. Pour y remédier, certaines familles sont obligées de vendre, avant même le début de la saison. Concrètement, cela signifie qu’un caféiculteur cède ses cerises immatures sur pied à quelqu’un d’autre, généralement à mauvais prix. C’est donc le nouveau propriétaire qui bénéficie de la récolte. Afin de faire face à ces difficultés, les membres des coopératives encadrées par FH ont été formés à la mise en place de groupes d’épargne et de crédits. La mise en commun de l’épargne aide les membres en leur permettant de faire un emprunt durant la période de pré-récolte.

Champs de démonstration

FH Burundi a fourni 360 tonnes de fumier aux caféiculteurs leaders afin de leur permettre de bien fertiliser leurs plantations. Dans chacune des sept coopératives encadrées, les plantations de 100 caféiculteurs leaders serviront de champs de démonstration pour former les autres producteurs.

De bonnes relations entre les coopératives et les acheteurs de café

Le torréfacteur Sud-Africain Bean There est depuis 3 ans l’acheteur du café de la Coopérative Codenya soutenue par FH. En 2012, il a acheté 301 sacs, ce qui équivaut à 18, 6 tonnes de café vert. Récemment, lors d’une visite de l’acheteur à la coopérative, celui-ci a octroyé un don de 500 US$ pour l’acquisition d’un kit solaire pour l’éclairage du site de la station de lavage.

Remplacer les vieux caféiers

L’un des grands défis de la culture de café au Burundi réside dans la vieillesse des plantations. Plus de la moitié des caféiers ont plus de 40 ans. Afin de les remplacer progressivement, 50’000 jeunes plants de caféiers ont été semés.

Soutien pour l’acquisition des nouvelles stations de lavage

Le fait de disposer de leur propre station de lavage permet aux membres d’une coopérative de gérer eux-mêmes leur production. Ils maîtrisent ainsi le processus de transformation des cerises de café et peuvent y apporter le plus grand soin, indispensable pour une production de grande qualité.

A travers la gestion en coopératives, les producteurs se réapproprient aussi la vente de leur café. Ils sont directement en lien avec les acheteurs sans devoir passer par des intermédiaires, ce qui donne une plus value à leur produit.

Durant l’année 2013, FH Suisse prévoit de soutenir 3 nouvelles coopératives à avoir leurs propres stations de lavage.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

L’aide d’urgence de FH au secours des populations du Mali

Le conflit entre les groupes islamistes, soutenus notamment par le réseau AQMI (Al Quaida au Maghreb Islamique), et l’armée malienne appuyée par les forces françaises, ne cesse de s’envenimer et continue de pousser de nombreuses personnes à la fuite.

Près de 229’000* personnes ont fui le nord du Mali pour aller se réfugier dans d’autres régions du pays. Elles n’ont plus de toit, ni de quoi se nourrir. Parties sans rien, elles se réfugient pour la plupart dans les écoles des villages voisins. La priorité est donc de leur fournir de la nourriture.

FH, en partenariat avec World Renew – une coalition d’ONG chrétiennes – vient en aide à plus de 2’200 personnes. Un programme alimentaire d’urgence a été mis en place, afin de leur fournir des produits de première nécessité.

Au printemps 2012, les touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) avaient pris le contrôle du Nord du Mali. Ils en ont ensuite été chassés par différents groupes islamistes, parmi lesquels Al Quaida au Maghreb islamique (AQMI).

World Renew est engagée au Mali depuis 28 ans. Elle soutient de nombreuses communautés dans les domaines de la santé, l’éducation et l’agriculture.

*estimations du UNHCR

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire