La fin de la pauvreté : une utopie ou un défi ?


épicerie au Burundi

Epicerie au Burundi.

Yannick Heiniger est actuellement en stage à FH à Washington DC aux Etats-Unis. Titulaire d’une Maitrise en Socio-économie de l’Université de Genève, il a beaucoup travaillé sur la pratique du développement en Afrique.
Il nous invite à questionner les chiffres liés à la pauvreté et à réfléchir sur nos choix en matière de développement.
Découvrez chaque semaine ses réflexions sur notre blog ! 

A Washington DC, les laboratoires d’idées foisonnent !
Washington DC est la ville des think tanks (une organisation à but non lucratif regroupant des experts et produisant des études et propositions dans le domaine des politiques publiques, de l’économie, des relations internationales et du développement). Selon le classement 2013 des think tanks effectué par l’université de Philadelphia[i], Washington DC en habiterait plus de 390, parmi lesquelles d’éminents instituts tels que Brookings Institution, Cato Institute ou encore le Carnegie Endowement for International Peace.
Récemment, j’ai été particulièrement interpellé par un papier de la Brookings Institution sur l’éradication de la pauvreté[ii]. Ce papier remet en cause certains des progrès les plus réjouissants que la communauté internationale a connus ces dernières années en matière d’aide au développement et de lutte contre la pauvreté.

« La fin de la pauvreté », pour bientôt ?
Nous savons qu’aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes par le monde souffrent d’extrême pauvreté avec moins de 1.25 $ par jour (environ 1.3 CHF). Or, entre 1990 et 2010, le chiffre était deux fois plus important ! Avec un tel progrès sur 20 ans, la fin de l’extrême pauvreté est-elle pour bientôt ? On pourrait l’espérer. Or l’auteur de ce rapport intitulé « The Final Countdown: Prospects for Ending Extreme Poverty by 2030 » apporte un éclairage brillant.
Ce dernier propose que, ces vingt dernières années, la réduction de la pauvreté fût possible par un constant grand nombre de personnes positionnées juste en-dessous du seuil de pauvreté, et un taux de croissance suffisamment important pour leur permettre de franchir ce seuil. Ainsi, ce serait les mieux lotis des pauvres qui seraient sortis de la zone critique. Et c’est là que ça coince !
En effet, alors que la pauvreté diminue globalement, elle est de façon croissante concentrée dans des pays où les perspectives de réduction de la pauvreté sont les plus faibles, c’est à dire dans des états politiquement fragiles, enclavés, chroniquement exposés à la corruption et à des maladies terribles. Selon ce papier, il sera de plus en plus difficile pour les plus pauvres de faire suffisamment de progrès pour pouvoir dépasser le seuil de l’extrême pauvreté. Alors qu’aujourd’hui un tiers des pauvres vivent dans de tels pays, la moitié le seront en 2018 et jusqu’aux deux tiers en 2030.

 Les ONG sont-elles attirées par les contextes faciles ?
Ce texte pertinent nous enseigne deux choses. Premièrement, il nous rappelle que les chiffres ne parlent pas d’eux-mêmes, et que les questionner est une bonne chose. Etre parvenu à réduire l’extrême pauvreté de moitié est une réussite, certes. Mais l’est-elle vraiment si elle n’a pas fondamentalement changé la donne pour les plus pauvres ? Voire pire, est-il possible que certaines ONG ou agences du développement profitent d’agir dans certains contextes « faciles », afin de générer des résultats appelant plus de fonds, tout en évitant les régions les plus difficiles ?

S’intéresser aux plus démunis
Cette question soulève le deuxième enseignement de cet article : en dépit des progrès, le plus dur reste encore à faire. Dans un contexte global fragilisé par les défis environnementaux, un contexte politique souvent dégradé, un financement public de moins en moins assuré et une pression quant à une évaluation des projets qualité, la lutte contre la pauvreté demande des efforts renouvelés. Les chiffres risquent dans les années qui viennent de ne plus être aussi éloquents quant aux progrès de cette lutte contre la pauvreté. A nous d’y croire, et de donner notre maximum, en s’intéressant aux plus démunis et aux plus exclus.

[i] http://www.gotothinktank.com/

[ii] http://www.brookings.edu/research/interactives/2013/ending-extreme-poverty#poverty_scenarios

 

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